jeudi 21 mars 2013

PATRIMOINE BATI ET POLITIQUE LOCALE

A Vraincourt comme dans beaucoup de villages, des bâtiments anciens dignes d'intérêt, qui sont peu ou pas entretenus même quand ils sont protégés par l’État, et qui sont rarement mis en valeur ... (Photo Google 2011)

Notre patrimoine commun recouvre des éléments (i) matériels mobiliers (peintures, sculptures, monnaies, instruments de musiques, armes, manuscrits, etc.) et immobiliers (maisons, églises, monuments divers, sites archéologiques, etc.), (ii) immatériels (langues, traditions orales, arts du spectacle, rituels) et (iii) naturels (sites naturels de grande beauté ou à grande diversité biologique, formations physiques ou géologiques, etc.). Ce patrimoine est chargé de significations multiples d'ordre culturel, historique, esthétique, biologique ; il constitue une richesse collective ; il est transmis de génération en génération ; il exprime la vérité du passé et porte les racines du présent. Détruire ou laisser se détruire ce patrimoine est une attitude irresponsable et suicidaire qui caractérise les gouvernements des pays totalitaires et les personnes physiques et morales animées par le matérialisme et le productivisme ambiants.


Le patrimoine bâti digne d'intérêt s'élèverait en France à quelque 400.000 monuments. Ceux-ci peuvent appartenir à l’État (5%), aux collectivités territoriales (46%) ou aux personnes privées (49%). Ils peuvent être protégés par classement (environ 15.000, par exemple l'église St Didier de Clermont-en-Argonne ou son plateau Ste Anne) ou par inscription (environ 28.000, par exemple la maison rurale à pan de bois de Vraincourt, la motte castrale du Châtelet à Vraincourt ou le colombier d'Auzéville), ou n'être ni protégés juridiquement ni même inventoriés par les autorités culturelles (comme beaucoup de châteaux, par exemple le château du 18e de Vraincourt, le château du 17e de Courcelles ou de nombreuses églises et maisons rurales ou urbaines remarquables dans nos villages argonnais).

Une partie des travaux de restauration et d'entretien des monuments protégés est prise en charge par l’État, généralement à raison de 50% pour les monuments classés et 25% pour ceux inscrits. Toute transformation, réparation ou transaction (vente, lègue ou don) concernant le bâtiment protégé doit faire l'objet d'une information ou autorisation préalable. Tous les travaux, même ceux soumis à simple déclaration préalable, doivent faire l'objet d'un permis de construire et être exécutés en recourant à un architecte. Des temps d'ouverture au public sont imposés. En contrepartie l'entretien est partiellement financé par l’État ou les collectivités territoriales et une défiscalisation est possible pour le propriétaire. Certains propriétaires de biens inscrits semblent ignorer ces dispositions ou n'en tiennent pas compte.

Il existe quelque 6.000 associations patrimoniales qui ont un rôle de surveillance et de mise en valeur du patrimoine culturel et naturel (mais rarement de réhabilitation), dont les principales, regroupées dans une forme de G8, sont : la Demeure historique (2300 propriétaires privés), la Fédération nationale des association de sauvegarde des sites et ensembles monumentaux (FNASSEM), la Ligue urbaine et rurale, Maisons paysannes de France, Remparts, Sauvegarde de l'art français, la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France, et les Vieilles maisons françaises.


Une politique du patrimoine doit toujours comprendre deux volets : un volet restauration/entretien du patrimoine bâti remarquable, protégé ou non, et un volet promotion (via les médias, les offices du tourisme, la publication de brochures et dépliants, etc.) et mise en valeur de celui-ci (accueil du public, des scolaires, expositions, spectacles vivants, tournage d'un film, musée rural, etc.) Les élus des collectivités territoriales qui se contentent d'entretenir a minima leurs monuments, sans un projet sérieux d'animation, ne peuvent prétendre être attachés à leur patrimoine local. Celui-ci n'est pas un objet inerte et stérile qui serait à la merci d'une changement d'équipe dirigeante ou des priorités du moment. Une politique du patrimoine doit avoir une certaine continuité à l'instar des biens venus du passé qu'elle protège, et doit toujours associer la population à sa mise en œuvre, car le patrimoine, qu'il soit public ou privé, est un bien commun à tous. Quelles sont les retombées d'une politique locale du patrimoine ? Des retombées économiques évidentes en terme d'emplois, d'activités dans l'hôtellerie et la restauration. Mais aussi des retombées moins tangibles, comme le sentiment de fierté et bien-être collectif, la contribution à la cohésion sociale et à l'identité territoriale, la disponibilité d'un outil d'éducation historique et artistique, la naissance d'une dynamique entre patrimoine et création artistique, la propagation d'une image positive sur la région dans le public à l'extérieur de celle-ci.

Sources : Documents de l'UNESCO sur le Patrimoine mondial commun de l'humanité, et d'associations et blogs patrimoniaux

3 commentaires:

  1. "Quelles sont les retombées d'une politique locale du patrimoine ? Des retombées économiques évidentes en terme d'emplois, d'activités dans l'hôtellerie et la restauration."

    Je me demande si l'info viens de l'unesco (source mentionnée), mais il convient de relativiser un peu ce type d'idée dans la mesure ou les quelques 400 000 monuments jugés d'intérêt (qui ont une fâcheuse tendance à diminuer très vite) sont pour beaucoup situés en milieu rural et hors de toutes retombées économiques pérennes.

    Alors certes il y à le réconfort moral de l’œuvre préservée mais c'est bien maigre quand on se projette dans le futur et qu'on se dit que l'action n'est peut être qu'un sursis éphémère.

    En Bref la problématique du maintien du patrimoine bâti est un sujet très complexe qui impose beaucoup de réflexions au cas par cas.

    Cordialement

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  2. Pour reprendre la typologie du Guide Michelin, la situation diffère selon que le patrimoine architectural concerné "vaut le voyage", "mérite un détour" ou est simplement "intéressant". Un village ou une communauté de communes ne peut espérer attirer des touristes et en tirer un bénéfice économique que si plusieurs bâtiments et œuvres sont mis en valeur dans le cadre d'un projet culturel cohérent sur son territoire de façon à mériter le détour du voyageur. Malheureusement souvent la politique du patrimoine des communes rurales est peu ambitieuse, par manque de volonté politique, de compétence et d'imagination ...

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  3. bonjour et félicitations aussi. la maison de Vraincourt est magnifique et j'aimerais la dessiner (j'ai déjà prévu de dessiner la façade) J'espère qu'elle ne sera pas laisser à l'abandon car elle mérite vraiment qu'on s'y attache
    Cordialement, Yann

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